Critique de film

Blood Feast

"Blood Feast"
affiche du film

Dans une petite ville de Floride, une maniaque sanguinaire assassine et mutile plusieurs jeune fille. La police enquête mollement, mais personne ne soupçonne Souad Ramsès, le suave traiteur égyptien : c’est pourtant lui l’auteur de ses crimes affreux, nécessaire au rituel d’adoration de la déesse Ishtar : réunir les ingrédients d’un banquet cannibale…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Blood feast - Le fabuleux festin de Gordon Lewis
Par : Damien

Issu, comme Romero, de Pittsburg, Herschell Gordon Lewis commence sa carrière de réalisateur en mettant en scène quelques œuvres polissonnes dans lesquelles les demoiselles, généralement dévêtues, sont réduites à de vagues potiches aux rotondités audacieuses. Mais le principe se généralise lentement au point de gagner complètement le cinéma classique qui présente bientôt les corps dénudés au nom de la beauté artistique. Malin, Lewis trouve un nouveau créneau qui lui permet de briser un autre tabou, celui du gore.

Tourné en 1963 à Miami en moins d’une semaine pour la bagatelle de 25 000 dollars, Blood feast a valeur historique puisqu’il s’agit du premier film résolument sanglant de l’histoire du cinéma. Produit et mis en scène par Lewis, cette première pellicule gore conte les plans machiavéliques du traiteur égyptien Fuad Ramses qui, engagé pour organiser la fête d’une jeune femme américaine, obtient tous les ingrédients en tuant une foule de jeunes femmes et entend, avec les organes de ses victimes virginales, célébrer et ramener à la vie la déesse Ishtar. Atteignant le comble du macabre, Lewis fait de Blood feast une œuvre ultra-violente baignée dans l’irrévérence sanguinolente. Tripes arrachées, énucléation, langue extraite à même la bouche, cervelle délicatement extraite de la boite crânienne, autant de détails sanglants auxquels le cinéaste s’attache avec une précision chirurgicale.

C’est d’ailleurs le seul intérêt de Blood feast qui regorge de défauts dans tous les autres domaines. Mis en scène avec un fixisme qui n’a plus lieu que dans le domaine théâtral, tourné dans des décors qui n’arrivent pas à faire illusion (à l’image des amusements exotiques de Franco), garni de comédiens amateurs qui récitent de manière monotone leur texte en accentuant chacune de leurs expressions avec la grâce d’un Lugosi, le métrage de Lewis s’apparente aux étrons pelliculés d’Ed Wood dont il atteint sans problème le niveau de nanardise.

Tellement inepte qu’il en devient fascinant, Blood feast accentue le principe mis en avant par l’œil coupé en deux d’Un chien andalou. Donnant vie sur la toile à une violence longtemps reléguée hors-champs, Lewis devient un pionnier du cinéma d’horreur en lui fournissant l’un de ses plus médiocres exemples. Malgré une critique définitivement négative voire menaçante, le film connut un succès assez confortable du côté du public, ce qui permit à Herschell Gordon Lewis de persévérer dans son créneau avec, l’année suivante, 2000 maniacs.

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