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Interview de Fabrice du Welz (Vinyan)

30 juillet 2008 | Par : Damien

Le livre de la jungle

Tu as dit de Calvaire que c’était le film que tu voulais faire. « C’est un vrai luxe et une vraie liberté » disais-tu. As-tu eu cette même liberté d’action pour Vinyan ?

Oui, complètement. Ma liberté a été totale. La contrainte majeure a été le manque d’argent. Mais je crois que c’est toujours la même histoire ; le temps et l’argent. Ceci dit, sur le fond comme sur la forme, j’ai eu une liberté totale.

Pas de problèmes avec la production ?

Non, au contraire. J’ai la chance d’avoir un producteur, Michael Gentile, avec qui je fonctionne en complète harmonie. Nous avons le même sens de l’aventure, nous nous comprenons, nous avons les mêmes exigences cinématographiques et surtout, nous sommes très complémentaires.

Puisqu’on parle de liberté de budget et de production. De nombreux réalisateurs français sont partis aux Etats-Unis car bénéficiant d’un plus gros budget. Toi-même, es-tu attiré par l’aventure ?

Dans l’état actuel des choses, non. Faire un film américain avec 5 exécutifs dans mon dos qui me disent quoi tourner, penser et faire, très peu pour moi. D’ailleurs, beaucoup de mes camarades français reviennent déçus par l’aventure américaine. Aujourd’hui, l’industrie US est surtout créative à la télévision (HBO, Showtime, FX etc…), certainement pas au cinéma qui « remake » à tour de bras. Je ne dis pas qu’il n’existe pas de bons scénarios qui se baladent, mais ceux-ci sont généralement proposés à des réalisateurs plus confirmés.

Alors, bien sûr, Hollywood m’attire. Hollywood reste forcément attractif, mais pas à n’importe quel prix. Le jour où j’aurai un peu plus de légitimité, un succès commercial derrière moi, où j’aurai fait mes preuves et où mon avis comptera, alors oui peut-être irais-je tenter l’aventure américaine, en attendant je continue de creuser mon cinéma…

D’où t’est venue l’idée de scénario pour Vinyan ?

Au départ, je voulais « remaker » un film espagnol que j’aime particulièrement et qui s’appelle « Quién puede matar a un nino ? » traduit subtilement en français par « Les révoltés de l’an 2000 ». L’histoire d’un couple anglais affrontant une horde d’enfants tueurs. Malheureusement, les droits bloquaient et j’ai dû abandonner. Une idée fixe subsistait : « les enfants sauvages »…

Quand le Tsunami a frappé, j’ai voulu inscrire mon histoire dans ce climat post-apocalyptique. Le point de départ, réel et très concret me permettait de creuser la dérive mentale et physique d’un couple occidental perdu dans un environnement hostile en quête de délivrance. Tous ces éléments me permettaient de partir à la recherche de l’enfant perdu, (leur enfant) et de glisser peu à peu dans un monde mental sauvage infesté d’enfants…

Comment s’est passé le tournage en Thaïlande en pleine jungle ?

Nous étions six franco-belges entourés de plus de 200 Thaïs. Il a donc fallu nous adapter à eux. Le tournage a été compliqué surtout à cause de la logistique. Nous tournions dans la jungle, en Mer Andaman, au large des îles et dans les quartiers chauds. En pleine saison des pluies. De plus, tourner sur un bateau n’est pas quelque chose de simple. Il nous a fallu affronter bien des obstacles ; les marées et les tempêtes, ajoutez les problèmes de communications et quelques centaines d’enfants et vous comprendrez aisément que nos journées étaient longues. Mais bon, c’était beaucoup de bonheur aussi…

Tu as été obligé d’incorporer des acteurs thaïs pour le film ?

J’ai plusieurs personnages thaïlandais dans le film, j’ai donc cherché des acteurs thaïs. Après avoir rencontré beaucoup d’acteurs, j’ai décidé de faire un casting sauvage. J’ai finalement trouvé –non sans mal- les acteurs qui me semblaient convenir le mieux aux différents rôles.

Est-ce toi ou la production qui a choisi de prendre Rufus Sewell ?

Dès le début, nous cherchions un couple d’acteurs anglais. J’ai rencontré beaucoup d’acteurs anglais dont Rufus, mais je ne voulais pas arrêter mon choix avant d’avoir trouvé la comédienne. Le monde anglo-saxon est un autre monde en ce qui concerne les castings et les rencontres avec les acteurs. C’est un processus long et très exclusif. Tellement long que nous avons finalement décidé d’ouvrir le casting à la France. J’ai donc rencontré Emmanuelle Béart qui aimait passionnément le projet. Nous avons ensuite confronté Emmanuelle et Rufus et nous avons constaté qu’ils fonctionnaient parfaitement ensemble.

Comment était Emmanuelle Béart lors du tournage ?

Royale, généreuse et très concentrée. Notre collaboration a été excellente, malgré des conditions de travail souvent difficiles. Elle va surprendre.

Tu as dit dans une interview : « pour moi le cinéma avant tout doit être un spectacle et une agression. C’est un peu comme ça que j’ai envie de faire du cinéma ». Devons-nous nous attendre à être émerveillé et agressé en même temps pour Vinyan ?

C’est une phrase de Henri-Georges Clouzot qui m’a toujours ébloui. J’essaie de faire des films dans cette direction. VINYAN est un film sensoriel, une expérience filmique qui transporte les spectateurs dans un état paradoxal, un état cauchemardesque qui oscille entre l’émerveillement, le spectaculaire et l’inquiétude. Une sorte d’opéra baroque plein de bruits et de fureurs qui part d’une situation concrète et qui glisse vers un expressionnisme abstrait et poétique.

Tu as été récompensé à Gerardmer et ton film Calvaire y avait été présenté. Ce n’est pas le cas pour le BIFFF. Pourquoi ?

Le BIFFF est un festival que je fréquente depuis mon adolescence. J’y ai vu beaucoup de films, j’aime profondément son ambiance unique et son amour sincère du genre et du cinéma bis. Quelques mois avant que le festival commence Freddy Bozzo m’a appelé pour avoir le film, seulement VINYAN que je viens d’achever, était encore en post-production.

Et pour Calvaire ?

Le distributeur avait eu la bonne idée de sortir CALVAIRE en même temps que le BIFFF. C’était une erreur.

Que penses-tu du cinéma de genre en Belgique ?

En Belgique, il y a probablement une incompréhension encore plus grande qu’en France en ce qui concerne le cinéma de genre. En Belgique, il n’existe pas d’industrie cinématographique, c’est un artisanat, même si les sources de financement explosent depuis quelques années et tant mieux…

Si le public français est réticent par rapport au cinéma de genre ou au cinéma d’exploitation, la France a tout de même réalisé des films fantastiques exceptionnels ; « Les Yeux Sans Visage » de Franju, « La Belle et La Bête » de Cocteau ou encore « Le Voyage dans la Lune » de Mélies.

Aujourd’hui, les réalisateurs de « genre » français réalisent souvent des films influencés par la contre-culture américaine, un peu à la manière des groupes de rock français influencés par les Stones, Bob Dylan ou encore Nirvana … La Belgique a aussi connu de grands cinéastes de genre fantastique ; André Delvaux, Harry Kumel, Boris Szulzinger et d’autres, mais il est certain qu’en Belgique, plus qu’en France, le genre est condamné de n’être qu’un cinéma de prototypes. Chaque film de genre est un miracle, un peu à l’image d’ailleurs du cinéma belge qui est fabriqué par des individualités très différentes.

D’autres projets ?

J’ai un projet que je porte depuis quelques années, il s’agit d’une adaptation de « L’île aux trente cercueils » de Maurice Leblanc. Avec ce projet, j’aimerais pouvoir réaliser un film gothique, romantique, populaire, spectaculaire et très Lovecraftien… J’aimerais aussi créer un vrai méchant, un vilain flamboyant, un personnage maléfique comme la littérature gothique européenne en proposait au 19ième siècle…

Un grand merci Fabrice pour cette interview

C’est moi qui te remercie.

Commentaires

Merci pour cette interview bien sympa, qui donne clairement envie de voir " Vinyan " !

J’avais eu la chance de présenter " Calvaire " au FIFF voici quasi quatre ans maintenant. Un moment inoubliable en présence d’une dizaine de membres de l’équipe du film.

Après avoir d’abord peu aimé le film, j’ai très vite fini par l’adorer tant la réalisation frôle la perfection et tant du Welz arrive à faire naître ce sentiment si difficile à créer au cinéma qu’est le malaise.

Bonne chance à Fabrice dans ses projets futurs et longue vie au site !

30 juillet 2008 | Par Jean-Phi

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