Interviews

EXCLUSIF - Interview de Yannick Dahan et Benjamin Rocher

2 novembre 2008 | Par : Gore Sliclez

Interviews exclusives des deux réals de La Horde

C’est lors de la pause de midi que j’ai eu la chance de m’entretenir avec les réalisateurs de La Horde, Benjamin Rocher et Yannick Dahan. Comme nous avons eu peu de temps et que les deux zigotos ont un débit hyper-rapide, n’hésitant pas à se couper la parole, se vanner, passer du coq à l’âne pour revenir sur d’anciennes questions, j’ai vaillamment tenté de remettre de l’ordre dans tout ça. Au fil des minutes, l’interview s’est vite transformée en discussion à bâtons rompus. Pour une facilité de compréhension j’ai donc rassemblé leurs propos car comme ils le disent eux-mêmes : « Non mais on parle d’une seule voix en fait, c’est comme s’il y avait un réalisateur sauf qu’on est deux. » Bonne lecture.

Quelle est l’humeur du moment sur le tournage de La Horde ?

Fatigués. A une petite semaine de la fin, on est vraiment crevés…Comme tu le vois, on a eu pas mal de petits contretemps à la con ce matin…mais bon on est beaucoup plus zens qu’au début parce que là, on est à une semaine de la fin de tournage donc ça va, on a appris à mieux gérer les galères du plateau. Mais, en temps que jeunes réals qui tournent leur premier film, on est passés par une multitude d’états. On s’est beaucoup énervés au début, on était désabusés à certains moments, résignés à d’autres, super flippés pendant la première semaine en fait. Maintenant on connaît mieux le plateau, on sait ce qui peut arriver et puis surtout on a une meilleure idée de ce à quoi va ressembler le film vu qu’on a un mois de tournage dans les pattes. Bref, on est fatigués mais assez zens par rapport au début.

Pouvez-vous nous parler de la genèse du film, comment est né le projet et que raconte La Horde ?

Le pitch, tu peux le trouver partout sur internet mais bon, comme je suis sympa, je te vais te le raconter. La Horde raconte l’histoire d’une bande de quatre flics ripoux, qui, pour venger un des leurs qui s’est fait descendre, prennent d’assaut la tour HLM dans laquelle se terrent les coupables, un gang de trafiquants nigérians. Seulement, une fois sur place, ils découvrent que c’est le chaos, l’Apocalypse. Des zombies. Partout. Pour survivre ils n’ont pas d’autre choix que de faire équipe ensemble. Voila grosso modo pour l’histoire.

Assez basique comme tu vois. L’idée première était de faire ce qui n’avait jamais été vraiment fait en France, à savoir un gros mélange des genres à la Une Nuit En Enfer. Un polar, qui au bout d’une heure verse dans le film de zombies. Pour cela, on a décidé de créer des personnages archétypaux (flic ripoux, dealer,…) et des situations classiques du cinéma de genre afin de les retourner pour surprendre le spectateur. Mais on parle pas de twist ou de truc de ce genre-là, ce qu’on veut en fait, c’est retourner la logique interne de la scène et faire réagir nos personnages archétypaux de façon inattendue. Un peu comme dans The Devil’s Rejects, un film qui nous a vraiment scotchés tous les deux et dans lequel Zombie parvient à te faire aimer les plus gros salopards possible. Comme The Devil’s Rejects, notre but était de faire un film de personnages plutôt qu’un film de zombies.

Avec Benjamin, ce qui nous a rapproché l’un de l’autre, ce sont surtout nos goûts communs en matière de cinéma et aussi une envie commune de faire ce genre de films. Bien avant La Horde, j’avais écrit plusieurs scripts mais qui étaient irréalisables pour des questions budgétaires. Puis, lorsque Canal s’est présenté avec son projet de « French Frayeurs », c’est-à-dire, monter des films « qui font peur » français, on s’est dit que c’était l’occasion. On a donc écrit le scénario de La Horde comme un polar seventies badass et là-dessus est venu se greffer cet environnement horrifique à base de zombies. Après, on s’est aussi pliés aux contraintes budgétaires de Canal +, on a donc privilégié un scénario et un tournage quasiment en lieu unique, une tour HLM, et ce genre de choses.

Ensuite vous avez contacté les comédiens. Avez-vous essuyé des refus d’acteurs plus renommés avant de composer le casting tel qu’il est aujourd’hui ?

Non, non pas du tout. La seule actrice qu’on a contactée mais qui finalement n’a pas pu faire le film, c’est Audrey Dana. Finalement, on a eu Claude Perron dont on est super content. Dés le départ, il était clair dans notre esprit que la star devait être le film et pas les acteurs. Puis bon, on savait d’avance que sur ce genre de projet, un film de genre à petit budget, il était hors de question d’avoir des comédiens « bankable ». On en avait marre de cette vague de films venus des States avec des ados ou des métrosexuels, on voulait à tout prix éviter ça et privilégier des comédiens avec une présence, une gueule, tu vois. Des gars dont le visage est un paysage, c’est bien plus intéressant à filmer. Bref notre credo, enfin surtout celui de Yannick, c’est « pas de têtards, que du badass ». On a donc privilégié d’autres pistes et décidé de contacter des comédiens venus du théâtre ou du cinéma d’auteur comme Jean-Pierre Martins, Aurélien Recoing, Yves Pignot ou Eriq Ebouaney. Ils ont tous répondu positivement et étaient vraiment ravis, et nous aussi, de jouer des rôles aux antipodes de ce qu’on leur propose d’habitude. Ces contre-emplois leur vont parfaitement et ils collent complètement à l’histoire qu’on a écrite. Puis, vu leur background respectif, ils n’hésitent jamais à proposer des idées ou à improviser sur le plateau et je dois dire que leurs propositions sont toujours pertinentes et améliorent le film, que ce soit au niveau des dialogues ou du jeu en lui-même. On voudrait ajouter que les acteurs ont tous été admirables sur ce tournage, et on dit pas ça pour leur cirer les pompes hein, depuis le premier jour, ils sont corps et âmes dévoués au film, ils sont patients, disponibles, ouverts et vraiment formidables avec toutes l’équipe. Sur un mois de tournage, on n’a pas eu un seul caprice. Que dalle. A certains moments, ils ont même sauvé le film. On a vraiment un casting quatre étoiles, à tous les niveaux. Et ça, t’as intérêt à l’écrire, mon gars !

Quel matériel utilisez-vous sur le tournage ? Vous tournez à deux caméras aujourd’hui, est-ce un choix ou une nécessité budgétaire ?

Là on tourne en HD avec le camera Viper. Et effectivement on tourne tout à deux caméras, quand tu fais un film d’action, t’as intérêt à te couvrir au maximum et c’est ce qu’on a fait. Après, certains décors plus exigus ne le permettaient pas mais bon, la norme c’est deux caméras comme aujourd’hui.

Comment fonctionnez-vous sur le tournage ? Est-ce que chacun a ses taches de prédilection ou alors vous faites tout à deux ?

On fonctionne principalement au feeling. Ca dépend de l’état d’esprit et de l’humeur du moment en fait. Si je suis en forme, je vais me lever, gueuler sur le plateau, mimer les scènes aux comédiens pendant que Benjamin sera plus derrière le combo. Si je suis crevé ou de mauvaise humeur, comme aujourd’hui par exemple, c’est Benjamin qui sera sur le plateau à diriger les acteurs et à faire des vannes pourries. Donc non, c’est pas chacun sa place, on fonctionne vraiment à deux sur tous les plans. On dirige à deux, on contrôle les plans à deux, on est deux sur le plateau donc ce serait con de se limiter, on profite à fond de cet avantage. Puis on est toujours en contact via nos oreillettes, même si on est physiquement éloignés sur le plateau, on est tout le temps en contact et on se parle sans arrêt, même si, c’est vrai, ce n’est pas toujours pour se dire des trucs super intéressants vu qu’on passe pas mal de temps à se vanner.

Etant donné le genre de film que vous faites, la production vous a-t-elle imposé des limites en terme de violence, de dialogues ou de thématiques ?

Non, non, pas du tout, on est tout à fait libres de faire ce qu’on veut, enfin ce qu’on peut plutôt. On n’a vraiment eu aucune contrainte dans le but de faire un film édulcoré afin de le marketer pour une interdiction aux -12 ans ou des choses du genre. On est vraiment libres en termes de violence graphique ou de thématique. Mais comme notre but, avec Yannick, n’est pas de faire un film résolument gore, c’est pas vraiment un problème pour nous.

La violence, venons-y. Est-elle une thématique importante de votre film ? Quel est votre rapport vis-à-vis d’elle ?

Notre film n’est pas vraiment un film violent graphiquement. Disons qu’il représente une certaine violence propre à l’époque dans laquelle on vit. Le film est nihiliste, désenchanté et assez noir. Mais la violence découle plus de l’attitude et du caractère des personnages que des situations. En fait c’est ça : les personnages sont violents, beaucoup plus que les situations dans lesquelles on les a placés. Après, on ne se cache pas, on fait un film de zombies donc la violence sera bien présente mais elle découle de l’histoire, elle n’est pas une finalité. On ne fait pas un film qui théorise ou met en scène la violence. Pascal Laugier par exemple a dédié son film Martyrs à Dario Argento. Nous, si on devait dédier notre film à quelqu’un, ce serait à John Carpenter. Tu vois la différence ? Attention, on aime les grands artisans de la violence comme Argento ou Bava, on aime ces films, on a grandi avec mais ce n’est pas le genre de films qu’on veut faire. Dans La Horde certaines scènes seront carrément gore, mais le ton général est plus à la violence sèche et brutale. Très seventies quoi. Une fois de plus, on prend l’exemple de The Devil’s Rejects dans lequel les personnages sont très violents et badass mais le film en lui-même ne l’est pas tellement. On ne voulait pas faire comme Xavier (Gens), Alex et Julien (Bustillo et Maury) ou Pascal (Laugier), qui eux, clairement, voulaient aller le plus loin possible dans la violence pour choquer le spectateur. Nous non, ce n’est pas notre but. On veut que notre film soit avant tout fun à regarder, qu’il ait ce coté décomplexé vis-à-vis de la violence comme l’étaient les films d’actions américains dans les années 80, quoi.

Vous parlez souvent de The Devil’s Rejects, mais quelles sont vos autres influences pour La Horde ?

Si on devait citer des noms, on dirait Rob Zombie, McTiernan, Verhoeven, Sam Raimi ou les frères Coen. Des réalisateurs, qui même s’ils ont fait des films violents n’ont jamais oublié le fun dans leurs films. Les réalisateurs préférés de Yannick sont les frères Coen et on retrouve un peu de leur esprit dans La Horde. Certaines scènes seront drôles ou cocasses, mais avec un humour à la Coen. Voilà c’est ce cinéma qu’on aime et c’est ça qu’on veut faire. Notre priorité, je le répète, c’est de ne jamais oublier le fun. Il y aura des scènes très violentes et très gores mais qui découleront toujours des situations vécues par les personnages. On aimerait que notre film possède un esprit décomplexé très années 80. Ce qu’on voulait surtout éviter aussi ce sont tous les passages obligés du film de zombies. On en a marre de tous ces films qui pompent sans vergogne l’héritage de Romero en insistant sur la mythologie des zombies. Un exemple : dans un groupe, si tu as un personnage qui se fait mordre, on va te montrer toutes les étapes de sa transformation. Nous non, on ne fait pas ça car on considère que le spectateur connaît tout ça. Le spectateur sait ce qui se passe dans ce cas précis donc ça ne sert à rien de le montrer. Pareil pour la cause de l’apparition de zombies, dans La Horde on ne sait pas d’où ils sortent. Ils sont là. Point barre. On se fout de savoir s’ils ont été infectés par un virus, une météorite ou tout ce que tu veux. Enfin, nos zombies courent…en fait on les considèrent plus comme des monstres que comme des zombies dans le sens romerien du terme. Au-delà de certains réalisateurs qu’on a cité plus haut, on a été très influencés par des types précis de films. Bon, le cinéma d’horreur bien sûr mais aussi la blaxploitation, les polars hard-boiled des seventies et les films de gunfights hongkongais. D’ailleurs les personnages interprétés par Doudou Masta ou Eriq sont des références directes à Fred Williamson, Jim Kelly et toute la bande de blacks cools et badass. Comme tu le vois, une fois de plus Yannick parle de badass. Je pense que badass est le leitmotiv de ce film. La Horde sera un film badass.

Bon, deux petites questions plus légères pour Yannick maintenant. Est-ce que Pedro Le Chat fera une apparition dans le film ? Et, deuxième question, est il possible pour un non Toulousain de rejoindre « l’Amicale Toulousaine des Amis de Steven ? »

(Yannick éclate de rire) Je vois qu’il y a des fans d’Operation Frisson, c’est bien, c’est bien. Alors pour Pedro Le Chat, oui on y fera évidemment référence dans le film, le plan a déjà été tourné donc Pedro sera de l’aventure d’une façon ou d’une autre. Après, pour l’Amicale Toulousaine des Amis de Steven, bien qu’elle n’existe pas physiquement, c’est possible d’y adhérer si tu veux. En fait l’Amicale est un état d’esprit, ça se passe dans le cœur et dans l’esprit, faut aimer Steven et ses films donc oui je pense qu’il n’y a pas de problème, tu peux faire partie de l’Amicale.

Merci beaucoup. Ca fait très plaisir. Un petit mot de la fin ?

Merci pour l’interview et pour l’intérêt que vous portez au film, franchement, ça nous fait très plaisir. Puis surtout, un truc très important, insiste bien la dessus : on remercie les figurants zombies du fond du cœur. Ils sont venus sur leur temps, en bénévoles. Certains sont venus de province, ont pris congé pour se les geler toute la journée avec du maquillage sur la gueule juste pour nous aider à faire le meilleur film possible. Grâce à eux, on a pu réussir des choses impossibles. Donc on les remercie encore très vivement. On leur a souvent dit sur le plateau mais écris-le et insiste bien là-dessus.

Voilà c’est chose faite ! Merci encore à vous deux de nous avoir consacré du temps et bon courage pour la suite. Yannick ira faire une petite sieste avant de reprendre le tournage une demi-heure plus tard.

(Interview réalisée par Evil Seb)

Commentaires

Génial vivement la sortie, on va pas te rater Yannick pour la critique !!!

8 novembre 2008 | Par David

J’oubliais... bon p’tit site que je mets dans mes favoris. ;)

3 novembre 2008 | Par neocalimero

Moi aussi j’y étais. Excellente journée. Ne serait-ce point toi Evil Seb qui aurait crié sur le plateau un "bien mais pas top" à Yannick ? ^^

3 novembre 2008 | Par neocalimero

En tous cas, venant quelqu’un qui aime profondement le genre et ne le traite pas de facon cynique, je pense que ce sera reussi !

3 novembre 2008 | Par Ddarko

g toute confience en dahan ! autre chose que fasulo en tout cas.

2 novembre 2008 | Par misterhell

Ca va tt niké dfaçon

2 novembre 2008 | Par Krauser5

oé moi pareil, 2 heure de TGV de con, mais c’était trop puissant.

2 novembre 2008 | Par Krauser5

J’ai eu la chance de faire parti de l’aventure de La Horde enjouant un de ces zombies venant de Province ^^ Et je n’ai qu’une seule chose a rajouter si vous n’aviez pas compris !!! Ca va etre un putain de film badaaaaaaasssssss !!!! Damien

2 novembre 2008 | Par Damien

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