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PREVIEW CINE - The Broken de Sean Ellis

19 novembre 2008 | Par : Damien

De l’autre côté du miroir...

Nouvelle illustration du mythe du doppelganger, The Broken conte l’aventure de Gina McVey qui, dans une rue londonienne, croise son sosie au volant de sa propre voiture. Intriguée, la jeune femme suit son apparition jusqu’à son appartement. Plus tard dans la journée, Gina est victime d’un violent accident qui la plonge dans un bref coma. Ne se souvenant pas avec exactitude de ce qui s’est produit, Gina tente de reconstituer le puzzle de son accident et de lever le voile sur ce mystérieux sosie. Une enquête qui l’entraîne dans une histoire cauchemardesque...

The Broken, deuxième réalisation de l’Anglais Sean Ellis, marque l’incursion du cinéaste dans un milieu qu’il affectionne tout particulièrement pour l’avoir déjà effleuré dans sa précédente oeuvre Cashback : le fantastique. Désireux de renouer avec la tradition des métrages old school qui, à l’instar des écrits d’Edgar Allan Poe, étaient capables de soutirer des frissons dans l’assistance sans s’annihiler en une multiplication d’effets sanglants, Ellis déverse le spleen qui inonde son oeuvre, aseptisant nos pauvres mentalités assommées par les flux clippesques et les montages brouillons des horror flicks contemporains. "Je voulais faire le genre de film que j’aimais regarder quand j’étais plus jeune, nous confie Sean Ellis. C’est un réel défi en ces temps où les jeunes spectateurs sont habitués à absorber 100 images la minute, images bourrées d’effets spéciaux à hauteur de ce que le budget peut supporter. Dans ce sens, The Broken s’adresse peut-être plus à un public plus “mature”, qui aime qu’un film offre des temps de réflexion."

Une réflexion bel et bien présente sans que le métrage ne tombe pour autant dans l’écueil de la fable intellectualiste. Puisant ses sources dans les récits de Poe ("L’idée de Poe était que la peur de l’horreur est toujours plus terrible que l’horreur elle-même. Je voulais vraiment que The Broken joue dans cette cour-là.") et dans Orphée de Cocteau, Ellis crée une oeuvre à l’atmosphère anxiogène baignée, via son exploitation de la mythologie des doubles, dans une réflexion ontologique intéressante que n’auraient en aucun cas reniée les existentialistes d’après-guerre.

Un thème des doubles maintes fois convoqué par une kyrielle de pellicules parmi lesquelles trônent souverainement des oeuvres comme le Faux-semblants de David Cronenberg. En réalité, The broken se rapproche davantage des écrits baudelairiens que d’un quelconque produit cinématographique existant. Le découpage chirurgical des mots dans la poésie de Baudelaire donne lieu à une mise en scène épurée empreinte d’une exposition de tous les instants. Sauf que, au contraire des descriptions flagorneuses de cinéastes qui les utilisent pour éviter d’avouer qu’ils n’ont rien à dire, Ellis les utilise avec sobriété pour appuyer davantage la représentation de cette Londres nostalgique hantée par des ombres qui déambulent dans un décor d’une tristesse sans pareille.

Poétique et rudement bien ficelé, The broken offre un regard neuf sur le thème des doubles et un regard réaliste sur la morosité de l’existence humaine...

Le scénario de The Broken est né bien avant celui de Cashback. Pourquoi avoir attendu autant de temps ?

Si l’on se place du point de vue des spectateurs, The Broken est un film plein de challenges, tout comme l’a été la lecture du script. Il a été difficile pour les gens de lire le script et de le mettre en relation avec les différents ‘visuels’ que j’avais dans ma tête. C’est un peu comme lire les règles des échecs : tant qu’on n’a pas vraiment joué une partie, on n’en perçoit pas bien les limites.

Certaines personnes ont été quelque peu effrayées par le projet et sa viabilité, surtout venant d’un jeune réalisateur. Il a fallu attendre l’après Cashback pour que l’on s’aperçoive que le script représentait une intense et sombre expérience visuelle.

Vous êtes, comme pour Cashback, réalisateur et scénariste. Ce cumul des fonctions vous plaît ?

Ca ne me plait pas totalement. C’est juste que je n’ai pas lu de scripts m’ayant réellement donné envie d’en faire des films. J’ai écrit des scripts sur des sujets qui m’intéressent vraiment. Mais si demain quelqu’un me proposait un script et que j’en tombe amoureux, alors je serais plus que ravi de le réaliser. Stanley Kubrick avait l’habitude de dire qu’il est plus facile de tomber amoureux que de trouver un bon script.

La citation au début du film est de William Wilson. The broken rend-il hommage à Edgar Allan Poe ?

Edgar Allan Poe était un maître dans l’art de créer un sentiment de frisson. J’ai voulu essayer de donner une interprétation cinématographique à ce sentiment. L’idée de Poe était que la peur de l’horreur est toujours plus terrible que l’horreur elle-même. Je voulais vraiment que The Broken joue dans cette cour-là. J’espère que le film donne au spectateur un temps pour penser à l’idée de l’horreur, plutôt que d’être bombardé de scènes et d’effets gores.

Pourquoi avoir choisi la mythologie du doppelganger ? Quelles étaient vos références en la matière (littéraires, cinématographiques) ?

Le thème du double m’a toujours beaucoup effrayé. L’histoire courte d’Edgar Allan Poe, “William Wilson”, est une des principales références pour créer le ton du film. J’ai aussi beaucoup été influencé par Orpheus de Jean Cocteau. J’adore la scène où Orpheus erre dans un monde caché se trouvant derrière un miroir.

Mon plus gros souci a été de combattre l’idée de montrer ce monde caché. De même, le personnage principal peut-il le voir, en a-t-il connaissance ? Ces sujets me posent toujours problème, et peut-être y reviendrai-je dans le futur.

The Broken est un film d’angoisse old school davantage axé sur la suggestion. Nostalgique de ces œuvres plus classiques qui laissaient beaucoup de place à l’angoisse ?

Oui. Je voulais faire le genre de film que j’aimais regarder quand j’étais plus jeune. C’est un réel défi en ces temps où les jeunes spectateurs sont habitués à absorber 100 images la minute, images bourrées d’effets spéciaux à hauteur de ce que le budget peut supporter. Dans ce sens, The Broken s’adresse peut-être plus à un public plus “mature”, qui aime qu’un film offre des temps de réflexion.

The Broken est présenté comme un film d’horreur sérieux qui se différencie des comédies horrifiques. Un film d’horreur pour adultes en quelque sorte. Etes-vous d’accord avec cette étiquette ?

J’aime à penser que j’ai traité mon sujet avec respect. Il existe très peu de films d’horreur “pour adultes” dans les films de genre. La plupart des films d’horreur consistent à faire disparaître de façon terrifiante les jeunes ados agaçants. Je voulais que The Broken reste dans les esprits après la séance de cinéma. Quelque chose à quoi on peut penser le lendemain ou une fois que l’on se retrouve seul à la maison…

Votre film dégage une certaine mélancolie, une tristesse glacée rendue par une sublime photographie, notamment récompensée à Sitgès. Qui s’est occupé de la photo ?

Angus Hudson était le Directeur de la Photographie, de même que pour Cashback. J’étais très heureux de savoir son travail récompensé à Sitgès. Ayant eu un parcours de photographe, j’ai toujours de longues discussions avec le cameraman afin de définir précisément ce que je veux. Je pense qu’il y a une tristesse dans les prises de vue de The Broken.

L’histoire de Gina, le personnage principal, est triste et je voulais que cela transparaisse dans les images. Nous avons aussi réduit notre palette de couleurs en utilisant uniquement le rouge pour signifier lorsque le double maléfique est présent à l’image. Donc si vous n’êtes pas sûr de savoir de quel personnage il s’agit à l’écran, cherchez s’il y a du rouge !

La scène de l’accident de voiture rappelle une scène de Dario Argento dans Quatre mouches de velours gris. Une scène spectaculaire. Comment l’avez-vous tournée ?

Je serai honnête en disant que je n’ai jamais vu Four Flies on Grey Velvet. Je savais cependant que l’accident devait être un moment-clé du film. J’ai passé des mois à regarder des accidents de voitures dans différents films et je me suis creusé les méninges pour arriver avec une vision nouvelle et originale de cette scène. A la fin, j’étais même devenu accro aux crashs tests faits dans les centres de sécurité routière. J’ai d’ailleurs basé la scène de l’accident sur ces crashs tests “au ralenti”.

L’étape suivante a été la réalisation : on a utilisé six “high speed” cameras. Les deux voitures étant tractées par une sorte de poulie. Deux essais ont été nécessaires afin de réaliser la prise.

Gina est incroyable de sobriété mais lutte tout de même de toutes ses forces pour survivre. Comment la sublime Lena Headey a-t—elle travaillé son rôle ?

Lena a eu une approche personnelle du rôle, qu’elle a gardée secrète. Je l’ai observée et guidée quand je sentais qu’elle en avait besoin.

Le film a été sélectionné dans quelques festivals comme Gérardmer, le BIFFF ou Sitgès. Vous êtes-vous à chaque fois déplacé pour le présenter ? Comment était l’ambiance ?

Oui, c’est formidable que le film ait été accueilli par ces prestigieux festivals. J’ai été ravi d’en avoir fait partie.

D’autres projets pour l’avenir ?

Eh bien je viens juste de terminer un court-métrage avec Guillaume Canet et Mélanie Laurent, intitulé “Voyage d’Affaires” et je suis en ce moment même en pleine adaptation d’un roman.

(Interview réalisée par Damien)

(Remerciements spéciaux à Nicolas Weiss)

Le trailer :

Plus d’infos sur ce film

Commentaires

Vu au BIFFF aussi, quel film ! poétique et saisissant...

20 novembre 2008 | Par dark_forest

Apprenez d’abord à écrire "fantastique", Mr Santana, et après, vous vous permettrez...

Film brillant et poétique. Et pour comprendre la poésie, Mr Santana, il faut prendre de la hauteur.

20 novembre 2008 | Par Pssssst

Ce film c’est un véritable foutage de gueule. Je l’ai vu au BIFFF et j’étais consterné. Ce gars se fout du genre, il le prend de haut, alors pourquoi faire du fantstique ??? Arty et chiant !!!

19 novembre 2008 | Par Sartana

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