On the road again
Adapter Cormac Mc Carthy à l’écran n’est pas une mince affaire. Le bonhomme fait partie des vestiges de la littérature américaine et forme avec Thomas Pynchon et Philip Roth un cercle très fermé. Son roman, The Road est célébré par la critique et acclamé par le public dès sa sortie et sera d’ailleurs récompensé par le prix Pulitzer en 2007. Après la sublime adaptation de No Country For Old Men des frères Coen, c’est John Hillcoat (Ghost... Of The Living Dead, The Propostion) qui s’y colle.
Depuis quelques années, force est de constater que le drame post-apocalyptique a plutôt le vent en poupe. Si la saga des Mad Max commence à vieillir, des films comme Doomsday ou I Am Legend ont amplement rempli leur rôle au box-office (à tort ou à raison). Malgré sa post-production houleuse (sortie repoussée plus d’une fois par les studios), La Route sort enfin sur les écrans français le 2 décembre et peut se vanter d’avoir réuni un très beau casting. Dans les rôles principaux, Viggo Mortensen, dont on connait déjà les prouesses, et le jeune Kodi Smith-Mac Phee, qui n’en est pas à son premier rôle, et sûrement pas à son dernier, à en croire Aragorn : "J’aimerais vraiment que certains acteurs adultes soient aussi intelligents que ce garçon".
A la photo, on peut compter sur Javier Aguireresarobe (Les Autres), et sur Chris Kennedy à la production design. Une équipe atypique donc, mais qui colle bien aux objectifs de Hillcoat. En effet, si la critique littéraire a souvent souligné que Mc Carthy s’employait à renouveler les genres qu’il exploitait dans ses romans, c’est aussi le cas du réalisateur : "Quand je m’attaque à une genre bien spécifique, j’essaie toujours de trouver une nouvelle approche". Il était donc capital pour Hillcoat d’éviter l’imagerie de Mad Max, ou tout autre univers trop SF ou fantastique. La Route raconte l’histoire d’un père et de son fils qui, dans une Amérique en ruine, tentent de rallier la mer, terre d’espoir et de salut. Le rapport entre l’homme et la nature est essentiel : pour Hillcoat, qui voulait respecter un maximum l’esprit du bouquin, il s’agissait de donner un aspect humain au chaos, de confronter ses personnages et son spectateur à leurs angoisses les plus profondes. Qu’en serait-il réellement de nous si toute civilisation devait disparaitre ? Pour répondre au mieux à cette question, le film fut presque entièrement tourné à Pittsburg dans l’Oregon, ou à la Nouvelle Orléans après les ravages de Katrina ; l’esthétique des camps de concentration, des massacres de populations durant la deuxième Guerre Mondiale et des SDF d’aujourd’hui furent aussi des sources fondamentales pour l’équipe. La Route offre donc les paysages apocalyptiques les plus anxiogènes et plausibles qu’il nous ait été donné de voir au cinéma, et ce depuis longtemps.
Mais le film n’est pas seulement un conte post-apocalyptique. Comme le
livre de Mc Carthy, il peut se lire à plusieurs niveaux. Malgré une bande annonce décevante, qui tient plus du trasher que du véritable film de caractérisation, il semblerait que le réalisateur n’ait absolument pas oublié d’exploiter la relation entre le père et son fils. La Route se devait de poser de véritables questions métaphysiques. Dans un monde dévasté, à quoi tient mon humanité ? Que puis-je transmettre à mon fils, moi le père, si plus rien n’existe ? Pour Hillcoat, La Route est d’abord une étude de caractères : "C’est une histoire sur le caractère inéluctable de la mort, et sur la plus grande peur des parents : la culpabilité et la douleur de laisser un fils derrière eux, et par extension la peur que ressent n’importe qui à l’idée de se retrouver seul et abandonné.". C’est d’ailleurs cet aspect du film qui a profondément séduit Viggo Mortensen et l’a conduit à accepter le rôle : " Mon personnage a enseigné la bonté à son fils, mais il n’est plus capable de la trouver en lui. C’est une transformation qui m’a profondément touché. [...] Il y a quelque chose de profondément spirituel dans ce voyage. On se rend compte que vivre pour survivre n’a pas de sens.". Pourtant - et c’est là l’un des paradoxes les plus humains qui soit - c’est un combat quotidien d’une violence rare que vont mener les deux personnages pour défendre la chose la plus précieuse qui existe, et finalement la seule qu’il leur reste : la vie. A ce titre, La Route pourra se vivre comme un cauchemar universel car il se fait l’écho d’interrogations collectives. Qui suis-je, où vais-je, et surtout, pourquoi ? Si Hillcoat ne prétend pas apporter de réponses, au moins nous fera-t-il réfléchir.
LE TRAILER
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