D’hier à aujourd’hui
Le loup-garou de Londres (1981)
Alors qu’il est en vacances dans la campagne anglaise avec son ami Jack, l’américain David Kessler se fait attaquer par une bête. Transporté dans un hôpital londonien, il commence à avoir des hallucinations. Jack, son ami mort vient le hanter, il se voit courir dans des forêts et dévorer des biches et assiste, impuissant à l’assassinat de toute sa famille. Pensant perdre la raison, il est recueilli par une infirmière un poil lubrique. Mais la pleine lune approche.
Reprenant une mythologie ultra codifiée (initiée dès 1913 dans The Werewolf de Henry MacRae), Le Loup-garou de Londres (An American Werewolf in London en vo) crée l’événement par les effets
spéciaux. En effet, les spectateurs attendent souvent dans les films de loups garous la fameuse séquence de métamorphose, et celle de John Landis est particulièrement marquante. Les oreilles et le nez s’allongent dévoilant un faciès animal, les poils recouvrent la peau, la colonne vertébrale déchire le dos humain, le bas ventre se creuse, les griffes s’effilent comme des couteaux. En quelques plans, le corps humain se modifie, s’animalise, comme si la part bestiale et inconsciente qui sommeille en nous, prenait le dessus et devenait visible. Ce procédé d’effets spéciaux sera d’ailleurs responsable, quelques années plus tard, du succès du clip Thriller de Michael Jackson, où le chanteur subira des modifications identiques. Mais si la violence de la transformation impressionne par son réalisme, la traque qui commence alors dans les rues de Londres électrise. Des couloirs vides du métro, labyrinthe de céramique blanche, où un gros loup à quatre pattes (volontairement animalisé donc) course un gentleman anglais à un cinéma porno de Piccadilly Circus (les dialogues du porno sont hilarants !) où l’aimable Kessler se retransforme en loup, en passant par une séquence de panique de rue avec accidents de bus, de voitures, tout ça rythmé par les coups de crocs de la bête sauvage.
Un festival donc pour ceux qui aiment, non pas le suspense, mais la mise en présence de la figure mythique du loup garou dans un espace connu, urbain. De plus, John Landis a mis un point d’honneur à ce que la bande originale ne soit composée que de chansons ayant « Moon » dans leur titre.
Petit plaisir coupable qui passe en revue lycanthrope, pentacle, balle en argent et tout l’arsenal loup garouesque, Le Loup-garou de Londres se déguste comme une madeleine de Proust, film d’un temps où l’humour n’était pas l’ennemi de l’horreur, où le sérieux cohabitait avec la dérision, où le numérique n’existait pas et les loups garous nous ressemblaient suffisamment pour avoir envie d’y croire. Un film d’un autre temps…

Dog soldiers (2002)
Pour son premier film (avant The Descent), Neil Marshall se frotte à un film de genre, et pas des moindres, le film de loup-garou. Une escouade de militaires en exercice dans la forêt britannique se retrouve par hasard sur le territoire d’une meute de loups-garous. Inopinément aidés par une zoologiste, les soldats se réfugient dans une maison isolée. Entraînés à tuer, ils vont comprendre bien vite que leurs armes ne leur seront guère utiles face à la détermination et l’intelligence des prédateurs qui rodent.
Si le long métrage de Marshall a une qualité, c’est de se démarquer des habituels poncifs des films de loups-garous pour livrer un survival frontal. Pas d’explications ésotériques, pas de références à la mythologie, si ce n’est la pleine lune. Les soldats sont bas du front, ils ne se posent pas de question, veulent seulement défourailler du lycanthrope. Et ça tombe bien. Quand on mate Dog Soldiers, on est plus près d’un Predator (pour la partie chasse en milieu hostile) sans la maestria de McT quand même, et d’un Evil Dead (pour les séquences où cloîtrés, les personnages se font assiéger). Sans être gore à outrance, le film se permet toutefois des séquences où des intestins se font la malle du ventre de leur propriétaire, où on recolle le dit ventre avec de la super glu, où on abat un chien sans raison (et on en vient à se dire « pauvre clebs » !).
Mais l’idée géniale de Marshall, qui permet d’être moins regardant sur la mise en scène peu inventive voire bâclée, c’est la physionomie de loups-
garous. Loin d’un John Landis qui mettait la bête à quatre pattes, Neil Marshall les fait se lever sur leurs pattes, et quelles pattes. A vue de nez, les lycans dépassent les deux mètres. Montés sur des plates-formes shoes (des pompes de drag queen), ils sont tout à la fois parfaitement effrayants et incroyablement fascinants. Leurs déplacements en meute (en famille pour être exacte), debout, instille une forme de poésie. Créatures qui ne renient pas leur appartenance au genre humain, les loups-garous de Marshall représentent le chaînon manquant entre le loup et l’homme, le mix parfait de l’animalité humaine. D’ailleurs, le réalisateur se permet même d’expédier la tant attendue transformation physique. A peine des dents qui s’allongent que le personnage bascule derrière un meuble et se redresse quelques instants plus tard, métamorphosé en loup surpuissant. L’important n’est pas de montrer la bête qui apparaît sous les traits de l’homme, la peau remplacée par les poils, les dents par des crocs. Au contraire l’absence de cette scène insiste sur l’absence de réelles modifications. Le loup est toujours dans l’homme, au spectateur d’imaginer le morphing (et puis ça fait des économies dans un film à budget restreint).
Dog Soldiers n’est peut-être pas un film de loup-garou conventionnel, mais la puissance d’évocation des monstres qu’il donne à voir, imprègne longtemps la rétine du spectateur. Tous les loups-garous ultérieurs se mesurent à l’aune de ces lycans magnifiques, et c’est déjà beaucoup.
Crocs (2008)
La guerre des gangs fait rage à Los Angeles, comme d’habitude. Des règlements de compte hyper violents ensanglantent les rues, comme d’habitude. Mais cette fois-ci les armes ne sont pas d’énormes guns juste des crocs, et les voyous des loups-garous. Plusieurs meutes rivales, poils hérissés et canines affutées se disputent la ville. D’une fourrière de L.A, un coup d’état loup-garou est fomenté. Sur les docks, vivant de petits deals et de contrats une autre bande s’active. Et enfin Anthony et Elle, sorte d’Adam et Eve, rêvent de dépasser la malédiction de leur race.
Roman surprenant, Crocs se présente comme un long poème en
vers libres, dans la veine d’un Howl de Allen Ginsberg. Le rythme chaotique, poétique créé par ce débit de paroles inattendu insuffle une brutalité de circonstance. Loin d’une écriture policée, l’oralité bestiale du texte transperce les pages, écorche les mots, violente la narration à l’image de ces créatures monstrueuses et fascinantes que sont les loups garous. Barlow convoque un imaginaire ultra codifié (principalement par le cinéma) pour le réinventer. On y apprend l’origine des loups garous, leur diaspora de par le monde et leur souffrance. Métaphore d’un monde ancien où les forces naturelles régnaient, les loups garous ont perdu la bataille contre les hommes, mais pas la guerre. Texte incendiaire, sanglant, nihiliste mais d’une beauté effroyable, Crocs se dévore comme un bon polar, un livre de genre ou un drôle de conte moderne.
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Commentaires
El-Maryachi
Hé ou es Los Ginger Snaps o il Loupé Garus dé Paris ???