Une entité d'origine extra-terrestre sans précédent se dirige vers la Terre en détruisant tout sur son passage. L'équipage de l'USS Enterprise est chargé de stopper ce nouvel ennemi. Alors que le Capitaine Decker se prépare à diriger la mission, il est relevé de ses fonctions et remplacé par le fameux Amiral Kirk, absent des commandes du vaisseau depuis trois ans...
Lancé en 1979, Star Trek le film se devait de concurrencer les grands succès récents de la science-fiction, les producteurs désirant en effet un blockbuster capable de rivaliser avec La guerre des étoiles et Rencontres du troisième type. Cependant, ce métrage faillit ne jamais voir le jour tant les efforts se concentraient à l’époque sur une nouvelle série télévisée titrée « Star Trek Phase II ». Voulu par Gene Roddenberry dès la fin des années 60 mais dans les limbes du « developement hell » depuis plus de dix ans, un Star trek destiné au cinéma n’était donc pas envisagé en 1977. Au contraire, la série télévisée « Phase II » est en préparation et des décors sont déjà construits. En dernière minute, la production change de cap au vu des recettes engrangées par le cinéma de science-fiction. Paramount avorte alors la série au profit d’une grosse machine destinée aux grands écrans, reconstruit de nouveaux décors – plus détaillés et majestueux –
et continue une campagne d’intoxication en prétendant que l’équipe travaille toujours sur une série télévisée. Ce n’est qu’en mars 1978 que la décision des producteurs sera rendue publique, le vétéran expérimenté Robert Wise étant sollicité pour diriger le métrage, qui sera d’ailleurs son avant-dernier du prolifique carrière.
Pour l’intrigue, une idée de Roddenberry nommée « Robot’s Return », prévue pour la série « Genesis II », (laquelle ne vit jamais le jour) est remaniée par Alan Dean Foster et devient « In Thy Image ». Ce traitement destiné à l’origine au double épisode pilote de Phase II, se base elle-même sur un épisode de la série « Star Trek classique » intitulée « The Changeling ». Pressés par les temps, les scénaristes réarrangent le traitement envisagé pour la petite lucarne et en font un long métrage cinéma de plus de deux heures. Star Trek le film souffre donc dès l’origine d’une certaine précipitation et, surtout, des volontés contradictoires évidentes de la Paramount (qui souhaite un succès à la Star wars) et de Roddenberry et Wise, lesquels désirent un métrage moins axé sur l’action mais au contraire plus profond et philosophique.
Tout débute par la découverte d’un phénomène inexplicable d’origine extra-terrestre, une sorte de nuage d’énergie de taille gigantesque, lequel détruit absolument tout ce qui l’approche. Le seul vaisseau capable d’intercepter cette force destructrice est le fameux USS Enterprise, sous les ordres du capitaine Decker. Mais, alors que la menace pèse de plus en plus sur la Terre, le légendaire James T. Kirk, à présent amiral, prend les commandes du vaisseau et recrée son plus fameux équipage, composé de « Bones » McCoy, de Scotty et de Mr. Spock, afin d’intercepter le nuage d’énergie. Très vite il apparaît que ce-dernier abrite une entité douée de conscience, V’Ger, laquelle s’empare d’un membre de l’Enterprise.

Entreprise colossale pour l’époque, Star Trek le film n’est pas sans défaut, bien sûr, mais se laisse voir avec un véritable plaisir à condition d’accepter l’orientation philosophique et interrogative du script. Le métrage s’interroge ainsi sur les grandes questions philosophiques que se posent les Hommes depuis l’origine des temps et développe une réflexion adulte et intéressante sur les mystères de l’existence. De bonnes intentions qui entraînent toutefois certains problèmes de rythme, Star Trek le film n’utilisant l’action qu’avec parcimonie, au point d’avoir souvent été catalogué comme pesant et même barbant. Si certains passages se révèlent effectivement un peu ennuyeux, le film dans son ensemble reste très intéressant et d’une grande richesse thématique.
Après une superbe introduction voyant V’Ger décimer les Klingons, le rythme retombe hélas lourdement alors que les membres de l’équipage retournent vers l’Entreprise. Ces réunions de vieux copains ont beau être sympathiques, l’Enterprise parait avoir (au propre comme au figuré) bien du mal à décoller. Il faut attendre près de trois quarts d’heure pour voir enfin l’intrigue avancer de manière plus efficace et le métrage se montre dès ce moment beaucoup plus convaincant. Les relations entre les différents personnages sont efficacement brossées, en particulier les remises en question des deux principaux protagonistes. Mr Spock comprend qu’il ne peut se fier uniquement à la logique pure pour résoudre une situation donnée mais découvre aussi qu’il peut verser des larmes devant la parfaite logique de son adversaire V’Ger (« Each of us... at some time in our lives, turns to someone - a father, a brother, a God... and asks...”Why am I here ? What was I meant to be ?" »). L’amiral Kirk, pour sa part, évolue également passant d’une arrogance exaspérante à plus de retenue. Kirk admettra, au final, la nécessité de chercher conseils auprès de ses subordonnés et de ne pas agir selon sa seule certitude.
Le dernier tiers du film, lui, développe une vision métaphysique inspirée, y compris visuellement, de 2001 l’odyssée de l’espace et repose encore davantage sur l’alchimie entre les personnages que sur l’action. Malheureusement, en dépit d’une mise en scène ample et d’une grande beauté, Robert Wise éprouve quelques difficultés à concilier une longueur conséquente (plus de deux heures) et un vrai rythme, son métrage semblant parfois patiner quelque peu. Malgré une vraie splendeur visuelle et des plans d’une grande beauté invitant à la contemplation, l’aspect épique manque un peu pour élever l’oeuvre au rang de complète réussite. Mais ces défauts s’effacent devant la portée et l’ambition d’un film désireux d’élever la science-fiction bien au-delà d’un simple « western spatial » où les problèmes se résolvent à coup de pisto-lasers. Dommage que toutes les grandes questions philosophiques et religieuses (au sens large) soient rapidement expédiées via un ultime tour de passe-passe pas vraiment probant.
Heureusement, les très iconiques dernières images rachètent largement cette faiblesse en déployant une majesté rarement égalées dans la science-fiction cinématographique. Au final, nul doute que le spectateur n’ait envie, lui aussi, de se diriger droit devant, vers cette mystérieuse lueur venant du fond de l’espace, vers le dernier mystère et la dernière frontière.
Tiraillé entre diverses volontés contradictoires (le projet des producteurs de livrer leur Star wars, le souci de réutiliser une intrigue originellement prévue pour le petit écran et le souhait de Robert Wise d’offrir une œuvre métaphysique dans la tradition de 2001), Star Trek le film ne parvient pas à convaincre pleinement. Cependant la qualité des effets spéciaux, l’ampleur de la vision, la portée philosophique du scénario et le plaisir de retrouver des personnages familiers dont la camaraderie fonctionne à la perfection suffit à emporter l’adhésion et à faire du métrage une belle réussite.
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