Critique de film

Crow (The)

"The Crow"
affiche du film

La veille de leur mariage, Eric et Shelly sont sauvagement assassinés par les hommes de Top Dollar, un parrain local. Le jour du premier anniversaire de sa mort, un corbeau se pose sur la tombe d'Eric : il est venu le guider afin qu'il puisse assouvir sa vengeance.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The crow - Le vol du corbeau
Par : Damien

The Crow a rapidement accédé au statut de film-culte en raison de la tragédie qui a frappé son acteur principal, Brandon Lee, fils du maître des arts martiaux Bruce Lee qui connut une destinée tout aussi suspicieuse en 1973, alors qu’il était au faîte de sa carrière. Une fatalité qui trouve une résonance à l’intérieur de l’œuvre puisque Brandon Lee y interprète le personnage d’Eric Draven, tué à la fleur de l’âge, qui revient de l’au-delà se venger et rétablir le Bien dans une ville décimée par la criminalité.

Adapté du roman graphique homonyme de James O’Barr, publié en 1989, The Crow retranscrit à merveille l’univers sombre et ténébreux de l’écrit originel. A ce titre, le clippeur Alex Proyas et ses scénaristes David J. Schow (Massacre à la tronçonneuse 3, Critters 3 et 4) et John Shirley semblent avoir autant emprunté au graphic d’O’Barr qu’aux deux premiers épisodes filmés de Batman, signés Tim Burton, dont le Gotham city a fortement influencé l’esthétique du Détroit dans lequel évolue Draven. Rongée par la corruption et le crime, la cité est un enchevêtrement anarchique de ruelles sombres et d’immenses artères dépeuplées où règnent en maître les gangs dirigés par Top Dollar (l’excellent Michael 1492 Wincott) qui transforment la ville en brasier à chaque nouvelle Nuit du diable. Tourmenté, Draven revient d’outre-tombe grâce à un corbeau, symbolique du passage entre les deux mondes exploitée ici jusque dans la déclamation infidèle du poème éponyme d’Edgar Allan Poe lors de la destruction du magasin de Gideon.

En contant une histoire d’amour qui perdure par-delà la mort, The crow touche au propre des classiques, puisant autant dans la littérature celtique (l’alliance botanique entre les sépultures de Tristan et Yseut) que dans le mouvement gothique, qui trouve dans cette œuvre de Proyas un second souffle. C’est précisément son esthétique mélancolique et les allures de clown triste d’une icône prématurément décédée (la filiation avec Heath Ledger, grimé en Joker, est aujourd’hui devenue inévitable) qui propulseront le vers la postérité, et ce malgré une histoire enguimauvée et consensuelle (l’amour légitime tous les excès du vigilante), une caractérisation trop manichéenne et des effets souvent trop tape-à-l’oeil.

Exploitant la noirceur du roman graphique, usant d’une esthétique gothique poussée à son paroxysme et d’un montage excessivement cut stylé MTV qui contribue à énergiser la bande, Proyas crée une œuvre novatrice qui marquera sans conteste la décennie et ouvrira la voie à d’autres « gothic exploitations » qui, comme la saga Underworld, exploitera sans vergogne l’esthétique médiévale, la flanquant d’attributs vestimentaires propres au fétichisme pour une popularisation fantasmée de ce côté obscur.


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